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Le goût du Miracle

Le goût du Miracle

Un Miracle n'est rien d'autre qu'un lâcher instantané de  toutes les résistances que nous avons érigé en obstacle entre le Bien-Être et nous  – que ce soit dans le domaine de la santé ou de n'importe quel autre – grâce à quoi nous accédons de façon immédiate à lui.
Les Miracles ont un goût tout à fait reconnaissable que je vous invite à identifier afin d'en faire une capture amoureuse. Mais n'allez pas vous imaginer n'en avoir jamais connu. Je suppose juste que vous les avez jugés trop petits pour leur accorder la mention officielle. Or, il n'en existe pas de petits et tous demandent à être célébrés.


Il y a quelques années, et je profitais d'une rare soirée où je pouvais avoir à disposition l'ordinateur que nous nous partagions, mon ex époux, mon fils et moi. Ce soir là, il y avait une conférence sur Conversation Papillon animée par Jacques Martel, et dont le thème était "La Maladie et la Langue des Oiseaux".
Je me réjouissais à l'idée de l'écouter.

Comme à l'accoutumée, le tchat avait été réouvert en fin de conférence pour une série de questions/réponses, et c'est alors que je me suis mise à guetter les messages des auditeurs pour voir si le mot Hépatite y figurait - histoire de voir si je pourrais y trouver une piste, puisque je me sentais intimement concernée par le sujet.

Sauf que je n'avais nul besoin de quelque chose d'extérieur pour obtenir cette information que j'étais désireuse de trouver, et c'est en moi que la réponse a fusé avec une assez grande brutalité. Une voix intérieure en effet à hurlé quelque chose qui ressemblait à ça :
Hé-pa-Titi ! Et il ne m'a fallu que quelques secondes pour que la traduction me devienne compréhensible.
De l'enfance à l'adolescence, Titi ou La Titi était le nom avec lequel ma mère me désignait (Elle est où encore La Titi ?) ou qui visait à me définir (La Titi elle est comme ci. La Titi elle pense comme ça). Or, la phrase qui revenait régulièrement était : La Titi, elle est sans coeur.

Et vous avez deviné quoi ? Et bien je le croyais. Et cette croyance était tellement ancrée que j'ai réalisé à cet instant qu'elle était encore active à mon insu plus de trois décennies après avoir cessé de l'entendre.
Or, il se trouvait que non seulement, j'avas un coeur mais aussi que je n'étais tout simplement pas La Titi.
L'effet a été immédiat : quelque chose s'est dénoué en moi. Quelque chose de l'ordre de l'évidence. Quelque chose de l'ordre de la clarté. Et je me souviens m'être dit très simplement comme cela: cette hépatite ne signifie plus rien pour moi et je n'ai qu'à la laisser aller.
Et hop !
Et c'était joyeux. Et c'était vivant. Et c'était simple. Et cela n'avait pas besoin d'être justifié !

Cela s'est fait d'ailleurs de façon tellement évidente et naturelle que je n'ai pas le souvenir d'y avoir pensé ne serait-ce qu'un instant lorsque le père de mon fils m'a déposé le lendemain à l'hôpital pour pratiquer l'examen annuel qui consistait à tester la fibrose avec un bidule laser.

Du moins pas jusqu'au moment où j'ai été convoquée une fois l'examen fait, par deux médecins à l'air grave qui m'ont fait asseoir sur une chaise face à eux dans un grand bureau.
"Nous ne comprenons pas du tout ce qui se passe, m'ont-ils dit. D'un côté nous savons que vous avez refusé le traitement et de l'autre que c'est une imagerie extrêmement fiable, et pourtant il n'y a plus de trace de la fibrose : c'est inexplicable".
Cependant, ce n'était pas fini car pour me rendre à la gare et rentrer chez moi, il me fallait d'abord rejoindre le centre de Bordeaux.Je me suis donc mise en quête d'un conducteur qui accepte de m'y déposer.
Mais voilà que sur le trajet, je reçois un coup de tel de mon fils.
Je vous le fait en raccourci :
- Euh Mman, c'est normal le truc incandescent sur le feu et la fumée partout dans la maison ?
Et moi de comprendre non seulement que j'ai oublié de couper le gaz sous le repas que j'avais préparé, mais de réaliser aussi qu'il y a une gamelle remplie d'huile à côté et accessoirement aussi que la bouteille de gaz vient juste d'être changée;)
Puis de réaliser qu'il est à peine 12h et que Gabriel sort habituellement du car à 16h50.
- Mais qu'est-ce tu fais là ? je lui demande.
Et lui de m'informer qu'il y a eu une grève surprise et qu'un parent d'élève s'est proposé de le ramener.

Ainsi, j'aurais pu intituler ce billet : Le jour où la maison n'a pas brûlé... mais je crois que je préfère le goût du Miracle.