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CONTES DU JOUR QUI VIENT

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Les Contes du Jour qui Vient II

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Je l'avais rencontrée quelques temps auparavant sous un ciel identique. Un ciel certes magnifique d'un certain point de vue, mais il n'empêche aussi très franchement effrayant.

Elle s'amusait alors à apprécier de la pulpe du pied les empreintes qu'avaient laissées les pneus sur le sable mouillé et que le soleil et le vent avaient durcies. Comme elle tenait ses bras en balancier, on aurait dit un peu une équilibriste. Le vide autour avec le fil avaient tout simplement été gommés.

- Ça fait comme écraser des gaufrettes, m'avait-elle assurée quand je m'étais approchée. Même qu'elles sont encore tièdes et que c'est délicieux.

On devait avoir à peu près le même âge alors. Autrement dit, moins d'une huitaine d'années. Sauf que cela n'allait pas durer. D’ailleurs elle m'avait tout de suite prévenue : il aurait été totalement inutile de m'y fier.

- Surtout, ne va pas t'imaginer je-ne-sais-quoi, sous prétexte que tu crois avoir le même âge que moi. La vérité, c'est que je suis un vieux sage. Disons même plutôt que je suisLE Vieux Sage ; autant dire le seul ici qui puisse jamais exister.

C'était bizarre bien sûr ; mais je n'allais pas chercher à m'y opposer. Et donc, il n'était nul besoin d'avoir vécu plus d’un siècle pour pouvoir l'incarner?

- Du tout, avait-elle répondu. Ni d'être de sexe masculin non plus. Et tu peux tout aussi bien oublier la question de la barbe dans la foulée.

« Le Vieux Sage donc, avais-je répété. Et tu me dis comment selon toi cette chose-là est possible ? »

Mais elle avait préféré m'ignorer.

- Tu vois, a-t-elle repris : il y a des personnes qui regardent le ciel comme si c'était une pièce de cuir sur laquelle des étoiles auraient été boulonnées. Elles ne voient rien de magnifique ni d'effrayant. Il ne leur vient pas à l'idée que si les étoiles nous paraissent statiques, ce n'est qu'en raison de la formidable distance qu'il y a entre elles et nous. Eh bien, dans leurs vies, il ne se passera pas grand-chose tout pareil. Jamais elles n'entendront parler de l'agitation au cœur de la matière. Jamais personne ne viendra pour leur révéler qu'un objet est un événement en train de se dérouler.

Elle m'a alors regardé : « Tu le savais ? » a t-elle glissé, avant d'ajouter sans attendre que c'était leurs croyances comme quoi tout est figé qui les maintiendraient dans cet immobilisme.

- Peut-être même que les gens qu'elles rencontreront auront l'air de pièces rapportées. Peut-être même que tout sera tellement ordinaire ou boulonné que cela frisera l'ennui mortel. Jusqu'à ce qu'un jour elles s'effraient des rides qui viendront leur rappeler la seule constance qui ait jamais été. Alors moi je dis que tu as bien raison de te laisser toucher par le ciel. Et peu importe la façon, car tu es bien plus proche de la vérité que ces personnes ne le seront jamais. Au moins toi, tu sauras que tout dans la vie est mouvement. Toi au moins, tu ne seras pas trop loin des étoiles. Toi au moins, tu ne seras pas totalement exilée. Toi au moins, entre effroi et magnificence, tu vas pouvoir apprendre à danser. Et encore n’auras-tu besoin de rien d'autre pour y arriver que de t'en souvenir ».

« Tu penses toujours tout ce que tu dis ? lui ai-je demandé » un peu effrayée par le projet.

- Je suis surtout ce que je pense, a-t-elle répliqué. Et ce qui fait la différence, c'est que moi je le sais.

(L'Enjeu)

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